En pratiquant le grand format et dans une moindre mesure avec le moyen format, le choix du plan de netteté devient une question cruciale.
Pour dire les choses simplement à mes ami(e)s qui ne sont pas photographes, le plan de netteté c’est un plan imaginaire, une sorte de coupe virtuelle dans l’espace qui se trouve devant l’objectif, à la distance de mise au point. En avant et en arrière de ce plan de netteté maximale, la netteté décroit progressivement et reste jusqu’à un certain point acceptable. On appelle profondeur de champ cette étendue perçue comme nette. Voir l’article d’Henri Peyre sur Galerie-Photo.
Le problème avec le moyen et le grand format, c’est que le net est vraiment très net (on parle de photo à haute résolution) et qu’on réalise souvent des tirages de grandes dimensions pour exploiter cette résolution. Or, la profondeur de champ (qui n’est qu’une impression visuelle liée à la tolérance de l’œil), semblera moins grande sur un grand tirage que sur un petit, tout simplement parce qu’en agrandissant beaucoup, le “un peu flou” qui parait “quasiment net” sur un petit agrandissement devient carrément flou sur un grand ! Donc, l’étendue semblant nette en avant et en arrière du plan de netteté se ressert. La profondeur de champ ressentie diminue. Et le plan de netteté que j’ai qualifié de virtuel peut même devenir bien visible.
Au delà du problème technique, c’est une donnée à intégrer au langage photographique. Finalement, il faut bien déterminer les éléments qui vont immanquablement attirer l’œil et qui ne souffriront pas d’être ne fusse qu’un peu flous. Et il vaut mieux placer le plan de netteté à ces endroits. Avec les bascules de l’appareil et les diaphragmes apparemment très fermés – pour qui vient du petit format 24×36 – le débutant à la chambre croit pouvoir atteindre une profondeur de champ totale. Mais c’est une illusion dès que l’on veut de grands agrandissements. Il faut donc apprendre à choisir.
J’ai parfois repensé à un plan (au sens cinématographique cette fois) qui m’avait pas mal gêné dans Pulp Fiction. C’est juste avant la scène mythique de danse. Dans mon souvenir (ce n’est pas d’hier) Uma Thurman et John Travolta entrent dans la boîte et ils sont nets et sombres à l’avant-plan, alors que l’intérieur de la boîte est bien éclairé mais dans le flou à l’arrière-plan (à moins que ce ne soit le contraire, je n’ai pas de moyen de vérifier, mais en tous cas la lumière et le point posent des priorités visuelles antagonistes assez déstabilisantes).
C’est un peu ce que je me suis exercé à faire avec mes Rollei 6×6. J’ai entamé une série où je fais la netteté sur un avant-plan, tout en rejetant dans le flou un arrière-plan pourtant très présent. Il s’ensuit une petite collision des priorités des signes. Là, ce n’est pas la lumière qui crée un trouble visuel, c’est un petit jeu moins marqué, peut-être plus subtil, ou le sujet et le point jouent à cache-cache. C’est pour l’instant seulement un exercice amusant et assez pédagogique (pour moi en tous cas), mais qui sait, peut-être la série prendra-t-elle de l’ampleur.


































